Je ne comprends pas

Vous rappellez-vous de ce que vous faisiez le 6 décembre 1989? Moi oui et très bien à part cela. J’avais 16 ans. Je me rappelle exactement où j’étais. Je rentrais dans le chalet d’un de mes copains d’enfance . Eric M. tu t’en rappelles j’en suis sûr. Je me rappelle exactement comment j’ai appris cette tragique nouvelle, et ce, même si ca fait près de 20 ans. Je revois encore le visage affolé de la mère de mon ami qui regardait les reportages en boucle à la télé décrivant l’indescriptible. Elle tentait en vain de rejoindre par téléphone son fils ainé qui étudiait à Polytechnique.Vous n’êtes pas sûr de savoir de quoi je parle? Allez voir sur le site de Radio-Canada. Vous y trouverez un dossier complet.

20 ans, c’est long dans ma jeune vie à moi mais dans l’Histoire collective du Québec, c’est un coup de feu.

polytechnique-posterTout comme je n’ai jamais compris les sordides idées de Marc Lépine, je ne comprend vraiment pas l’idée de faire un film avec cette tragédie. Malgré, les tentatives d’explications de Karine Vanasse ( que j’adore comme actrice par ailleurs) dès les premiers balbutiements de ce projet. Depuis quelques jours, je lis et j’entends des entrevues de Denis Villeneuve (que j’avais jusqu’ici estimé comme cinéaste) à propos du film et, dans ses justifications, rien ne me pousse à changer d’avis à propos de ce film et de son utilité.

Villeneuve dit que sont film est une tentative de consolation. Comment, rebrasser ces souvenirs, va venir consoler qui que ce soit? Je ne comprends pas.

Villeneuve dit que son film servira à se rappeller… À se rappeller de quoi, de qui? Pour se rappeller de cette tragédie, pas besoin de faire un film. Si le coeur vous en dit, Radio-Canada a mis en ligne toutes les archives télévisuelles en lien avec l’événement. Ce film ne servira pas à mieux se rappeller de la tragédie. Le nom de Marc Lépine est gravé à jamais dans notre mémoire collective. Ce film servira à se rappeller du cinéaste qui l’a réalisé par contre. Encore là, je ne comprends pas.

Dans l’Actualité de Janvier-Février 2009, Villeneuve dit que  des films sont réalisés à propos de toutes les grandes tragédies. Ils permettent de mieux comprendre des événements. Il cite par ailleurs les grandes guerres qui ont toutes méritées leur lots de films.C’est vrai et c’est une bonne chose. Le problème en comparant les films produits sur les deux  guerres mondiales et son dernier film est simple:

  • Polytechnique, c’est l’histoire du meurtre planifié de 14 jeunes femmes par un illuminé. Qu’y a-t-il à comprendre là dedans? Se poser la question, c’est y répondre.
  • Polytechnique, c’est un drame qui s’est déroulé il y a 20 ans. En tant que peuple, on a pas pris assez de recul par rapport aux événements pour justifier que l’on revienne rebrasser cela.

Ceux qui prétendent que les plus jeunes qui ont « manqué » cet événement apprécieront le voir sur grand écran se méprennent. Encore une fois, tout ce qui devait être dit a été dit et publié. Ces jeunes connaissent très bien Google. Tout est là, sur le web. En ajouter n’améliore pas la compréhension d’un événement inexplicable. L’événement est aussi commémoré avec douleur chaque année par les grands médias.

Pour ceux qui me disent, oui mais tu juges avant d’avoir vu le film. C’est vrai et je n’irai pas voir ce film de toute façon. Je ne juge pas le film mais le projet de faire un film sur cette tragédie. Quand je vais voir un film, c’est pour combler un des 3 besoins suivants:

  1. Me divertir;
  2. Apprendre sur un sujet qui m’intéresse;
  3. Ou les deux à la fois: me divertir et apprendre.

Suis-je le seul à vouloir combler ces besoins par le cinéma? Non. Or, ce film ne comble aucun de ces 3 besoins. Il n’a pas de raison d’être.

Je n’irai pas voir Polytechnique.Je ne comprends pas.